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ثقافة Correspondances André Malraux Mohamed Zinelabidine : Un livre carrefour de Mohamed Zinelabidine

نشر في  28 ماي 2026  (21:30)

Par Moncef Ben M'rad

J'estime que la Tunisie a eu la chance d'avoir des ministres de la culture généralement de qualité. Mais les plus remarquables ont été, sans conteste, Mahmoud El Messaadi qui a créé le Ministère, soutenu par une vision humaniste, et qui a développé en particulier l'édition, le théâtre et les livres. Puis ce fut à la charge de Béchir Ben Slama de donner une magnifique impulsion au théâtre et aux maisons de la culture. Puis lorsque Chedly Klibi pris les rênes de ce ministère, il développa le cinéma, les comités culturels et l'édition.

A ce trio magique, sans sous-estimer certains autres ministres, il faut ajouter le ministre Mohamed Zinelabidine qui se révéla homme d'action, écrivain remarquable et universitaire de talent dont les livres, quoique ardus, questionnent ses lecteurs et posent des problématiques essentielles sur la fonction de la culture et ses rapports orient/occident.

À la lecture du titre de ce livre, je me suis d’abord interrogé sur la pertinence du rapprochement esquissé entre Mohamed Zinelabidine et André Malraux. Une telle comparaison pouvait sembler, à première vue, ambitieuse, tant l’imaginaire francophone a longtemps consacré la figure de l’intellectuel occidental comme référence quasi incontestable en matière de pensée et de politique culturelle. Mais, au fil de ma lecture, cette impression initiale s’est progressivement nuancée.

Au-delà des trajectoires personnelles, très différentes, des deux hommes, l’intérêt réside surtout dans ce qu’ils révèlent chacun du rapport entre culture et pouvoir, ainsi que dans leur manière d’interroger les relations entre culture occidentale et cultures arabes et africaines. À cet égard, les analyses de Frantz Fanon demeurent éclairantes : il a montré comment la culture occidentale a souvent accompagné, voire légitimé, des formes de domination politique et symbolique.

C’est dans cette perspective que s’inscrivent les dernières publications de Mohamed Zinelabidine. Elles entreprennent un travail de dévoilement de certains concepts et mécanismes de l’Empire intellectuel occidental, lequel a longtemps relégué l’Autre au-delà de la frontière de ce qui est visible ou pensé.

L'auteur a démonté les mécanismes politiques, culturels et anthropologiques du pouvoir central (celui qui dispose du pouvoir des mots, des images, de l'économie et des armes) par rapport à tous ceux qui n'appartiennent pas à cette sphère. Ni Fukuyama, ni Huntington (approches réductrices et antinomiques) ne résistent à l'analyse critique et historique de Zinelabidine.

Mais l’apport le plus significatif du livre réside sans doute dans les correspondances que l’on peut établir entre les visions de la culture portées par Malraux et Mohamed Zinelabidine, notamment autour de la centralité de l’homme. Tous deux considèrent que la culture n’est ni un luxe ni un simple divertissement, mais le fondement essentiel de la dignité humaine et de l’accomplissement de l’homme dans son humanité.

Ce n’est d’ailleurs pas le feu du silex — pourtant déterminant pour la survie et les premières inventions techniques — qui a marqué l’entrée de l’homme Neandertal dans l’humanisation, mais tout ce qui est venu ensuite : les symboles, l’art, la mémoire, l’imaginaire et la création culturelle.

Malraux et Zinelabidine ont aussi beaucoup de points de jonctions, notamment la démocratisation de la culture et la nécessité de stratégies culturelles capables d’ouvrir davantage l’accès aux œuvres et aux pratiques culturelles au plus grand nombre de quêteurs, qu’il s’agisse de créateurs, de lecteurs, de spectateurs ou de simples chercheurs de sens.

Même si Malraux part des valeurs de la culture française pour tenter d'accéder à une conception universelle de la culture, productrice de liberté et de dignité, Mohamed Zinelabidine inscrit, quant à lui, sa réflexion dans un horizon plus vaste, englobant le Maghreb, le monde arabe et l’Afrique.

Malgré cette différence de perspective, la culture demeure, pour les deux ministres, un pont entre les hommes, un espace de convergence et une propédeutique essentielle au passage de l’animalité vers une humanité réconciliée avec elle-même.

La dernière partie du livre trace avec force détails la chute du régime de Ben Ali, puis expose l’ensemble de la stratégie culturelle mise en œuvre par Mohamed Zinelabidine durant son passage au ministère de la Culture. Fondée sur le principe de démocratisation de la culture, cette stratégie faisait de cette dernière un catalyseur essentiel du développement humain et social.

Livre édité par Sotumedias.